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« Pour faire vite »

Avertissement : Ce texte évoque, de manière + ou – explicite, les notions d’agression sexuelle, de transphobie, de jalousie, de manipulation,  de harcèlement et de pensées suicidaires

Je suis No, et je suis accusée publiquement depuis Octobre 2018 d’être une violeuse suite à un call out de la part de mon ex pour des faits datant de Septembre 2017.

J’ai écrit le texte “Lettre à mes juges d’appart” dans lequel  j’explique pourquoi je suis:

1) innocente de ce dont on m’accuse 
2) victime de harcèlement au prétexte de ce call out qui n’a plus grand chose de “politique”

Dans “Lettre à mes juges d’appart” je démontre que ce qui m’est fait est une instrumentalisation de nos outils politiques féministes. Instrumentalisation qu’il faut refuser justement parce qu’en tant que féministes nous ne pouvons laisser nos armes, nos mots, nos combats être vidés de sens.
Nous verrons par exemple comme le mot “viol” est vidé de sens et de substance par celle.eux qui participe à ce call-out. Ce qui est extrêmement grave et devrait tou.te.s nous alarmer. Il ne s’agit donc pas seulement de moi et de ce qui m’est fait au prétexte de ce call out. Il s’agit plus largement de ce qui est fait à nos outils politiques féministes.

Lettre à mes juges d’apparat” est long car il m’est impossible de démontrer tout cela sans rentrer dans les détails, et apporter le maximum de preuves et de contenu. Puisqu’il m’est même interdit de me défendre (on me renvoie dans ce cas aux mascus et abuseurs en tout genre qui refusent de reconnaître leurs crimes), j’ai dû être très précise, développer chaque point, amener mon point de vue progressivement et de manière autant étayée que possible.
Résultat, cela fait un texte de 10 pages. Je sais que beaucoup ne lirons pas car trop long. 

C’est donc le but de ce petit texte “Pour faire vite” qui permettra de m’adresser à celleux qui ne lirons pas “Lettre à mes juges d’appart”.

Toi qui me lis aujourd’hui, si, dans ce que je vais résumer ici, tu lis des propos qui te semblent mal étayés, ou si tu ne me crois pas dans ce que je vais avancer, garde en tête qu’il s’agit d’un simple résumé, et que beaucoup des preuves et des démonstrations de ce que je vais affirmer ici  résident dans le texte plus long “Lettre à mes juges d’appart”.

Les faits. Ai-je violé ?
Résumé des faits:
En Septembre 2017, j’étais dans une relation polyamoureuse avec Lou.  Nous allions mal l’une et l’autre : je sortais d’une relation psychologiquement violente avec un mec straight, et elle était en dépression. Notamment des retombés d’un call out qu’elle a subi il y a quelques années : une ex à elle l’a acccusée de viol.
Un soir, un amant à moi Nicolas vient me rendre visite à Paris et nous passons deux soirées à trois, Lou, Nicolas et moi. Chacun de ces deux soirs la tension sexuelle est montée entre nous 3. Je dis bien nous trois. Ainsi Lou n’était pas passive dans ce flirt à 3 et rien n’indiquait un quelconque malaise puisque qu’elle initiait même du flirt entre nous trois, des roulages de pelle, etc.  Le deuxième soir nous rentrons chez moi tout.es les trois. Le flirt à trois continue, à l’initiative de chacun.e de nous à part égales.  Plusieurs fois au cours de cette soirée le consentement de Lou a été demandé et confirmé très explicitement(ie: “est ce que tu veux que je t’embrasse ?” ““Est-ce que c’est ok”, “Est ce que tout va bien”etc..). Suite à ces demandes et confirmations explicites nous avons continué, nous déplaçant dans la chambre et nous pelotant mutuellement, nous embrassant et nous déshabillant mutuellement. Lou m’a léchée, j’ai sucé Nicolas, il y a eu un peu de sexe oral entre Lou et Nicolas, puis nous nous sommes + retrouvées toutes les deux avec Lou, et enfin nous nous sommes arrêtées pour se reposer. A ce moment-là  Lou est partie en trombe dans la salle de bain.
Au bout de quelques minutes, ne la voyant pas revenir j’ai commencé à m’inquiéter, je suis donc allée la voir et c’est là que j’ai vu qu’elle pleurait. Je la prends dans mes bras, lui demande ce qui se passe, elle répond qu’elle croyait en avoir envie mais qu’en fait non. Je suis horrifiée à l’idée de lui avoir fait du mal et qu’elle ait fait quelque chose qu’elle ne souhaitait pas. Je lui demande “mais du coup on était en train de t’agresser en fait ?.. on a fait un truc aussi grave?..” et elle de me dire “non, vous pouviez pas savoir, je croyais en avoir envie aussi et là je sais pas j’ai flippé et compris que non, mais c’est pas votre faute”.
Je sors de la salle de bain, fais signe à Nicolas de quitter la pièce et d’aller dans sa propre chambre.
Ainsi,  évidemment, nous stoppons TOUTE activité sexuelle dès la manifestation d’un malaise. Bien-sûr c’est normal et c’est la base. Et c’est, justement (je n’en reviens pas d’avoir à dire une évidence pareille),  ce qui fait la différence avec un viol (si la personne est consciente bien-sûr dans le cas inverse c’est systématiquement un viol). Car oui cette situation que je viens de vous décrire est la raison pour laquelle on me traite de violeuse. 

En effet les mois suivants, notre relation continuant, ou plutôt au gré de la détérioration de notre relation (pour d’autres raisons, jalousies, dépressions mutuelles, etc..)
Lou s’est mise progressivement à requalifier les faits de ce soir là en agression sexuelle. Même si elle continuait elle-même de dire que oui nous avions demandé son consentement à plusieurs reprises, et que nous ne pouvions rien savoir, le fait qu’elle se soit sentie mal, qu’elle ait souffert, permettait maintenant de considérer cela comme une agression. En clair, c’est apparemment à la hauteur de la souffrance ressentie qu’on peut qualifier une situation d’agression sexuelle, puis de viol, et non les faits.  Petit à petit elle a même évacué de son discours le fait que nous avions demandé son consentement et que nous ne pouvions pas savoir et ce qu’il a fini par rester c’est que je l’avais agressée sexuellement ce soir là.

Je ne doute pas que Lou a effectivement souffert et qu’elle s’est forcée à faire quelque chose qui au fond la mettait mal à l’aise. Il n’y a aucun doute également que le consentement peut être retiré à chaque moment et que ce n’est pas parce qu’on a dit oui 10mn avant qu’on ne peut pas changer d’avis.
La responsabilité des partenaires sexuels est de vérifier, tout au long de l’interaction sexuelle, le consentement du/des partenaires et cela peut se faire de plein de manière notamment en posant des questions claires et explicites.
C’est ce que nous avons fait.
Il n’y avait aucune possibilité de percevoir un quelconque malaise chez Lou qui répondait clairement oui, et semblait participer aussi activement et avec autant d’enthousiasme que chacun.e de nous. Dès qu’un signe de non consentement est apparu (ie: se lever) nous avons tout stoppé. Comme il se doit. Comme chacun.e doit faire si justement on est pas une saleté de violeur.se. Malgré tout ce qu’on peut mettre en place pour vérifier le consentement de chacun.e il arrive que nous nous forcions nous-même à des activités sexuelles qu’au fond nous ne désirons pas. Et ce pour plein de raisons (pas envie de “casser l’ambiance”, avoir peur d’avoir l’air nul.le, se rassurer dans le désir de l’autre sans pour autant ressentir soi-même du désir, avoir peur de perdre l’affection de l’autre, etc..etc…). Cela peut être extrêmement douloureux et laisser des traces en nous. Je l’ai vécu, je me suis souvent forcée pour plein de raisons autres que le désir,  et je pense que nous sommes nombreu.ses à avoir vécu ce genre de situations sans le laisser paraître à nos partenaires.  Quand bien même ces partenaires se montraient prévenant.es et attenti.ves. Devrais-je requalifier toutes ces situations là en viols ?

Voilà la genèse. Comment ai-je réagis ? Dès le premier soir et tout au long des mois qui ont suivi j’ai essayé de soutenir Lou et de me montrer responsable de mes actes. Quand Lou a commencé à décrire ce soir là comme une agression sexuelle, parce que je suis féministe, j’ai immédiatement considéré qu’elle avait raison que je n’avais pas à remettre en question ce qu’elle en disait. L’esprit embrouillé par l’immense culpabilité et le désespoir d’avoir fait souffrir la personne que j’aimais, j’étais incapable de réfléchir posément à la situation et de voir la disparité entre les faits et les mots maintenant employés pour les décrire.

Au final, après plusieurs mois d’une relation de plus en plus délétère nous avons fini par rompre (là aussi pour d’autres raisons). Durant ces mois ET après notre rupture j’ai fait de nombreux mea culpa sans aucune proportion par rapport aux faits (je donne plus de détails sur l’état mental dans lequel cela vous met d’être accusé.e de violences sexuelles quand vous êtes sincèrement féministe et vous-même survivante de violences sexuelles. Et comme cela vous rend prête à vous excuser de tout et n’importe quoi même de choses que vous n’avez pas commises. Si vous ne croyez pas que cela est possible allez lire ce texte sur le sujet.
Pourtant le ton de Lou ne faisait que durcir et les mots utilisés pour qualifier cette soirée aussi. Nous sommes passés d’agression sexuelle à viol, et nous sommes passés à des demandes de “réparation”  (post-rupture)  de la part de Lou comme l’interdiction pour moi d’aller dans certains lieux ou encore l’interdiction de sortir avec d’autres personnes après Lou (puisque je serais une violeuse, donc un danger pour n’importe qui croiserait ma route).

Là, nous entrons dans la phase du call out pure et simple, puisque très rapidement ces accusations vont devenir publiques. Pareil, plus de détails là dessus dans le texte plus long, mais en gros j’ai commencé à être accusée d’être une violeuse publiquement, sur internet, les collectifs féministes ou artistiques dont je faisais partie sommés de m’exclure sous peine d’être accusées d’être des soutiens de violeuse, etc…
Lou et d’autre font tourner ces accusations, utilisant le mot de viol sans jamais préciser les faits.

    D’autres accusations ont fait surface comme une accusation de transphobie, alimentée par le fait de faire circuler un texto que j’avais envoyé ce soir là et dans lequel je parle de Lou au masculin, sans préciser, que c’était à sa demande à l’époque, car elle ne souhaitait pas encore être out à ce moment de sa transition et me demandait de ne la genrer au féminin qu’entre nous. Il s’agit d’un exemple parmi d’autres de la manipulation de l’opinion publique qui est faite: Lou fait circuler ce texto qui est forcément choquant sans contexte, et qui tend à prouver ma transphobie, en cachant, à dessein, que ce genrage masculin était à sa demande.
Une autre tentative de manipulation concerne également ce texto puisqu’il circule comme preuve que le “viol” aurait été “prémédité”. Dans ce texto je demande à Nicolas si il veut pécho Lou. Ce qui n’est pas précisé c’est que c’est ma manière de demander son consentement à Nicolas dans cette interaction sexuelle à trois imprévue, un soir où normalement j’aurai du voir Nicolas seul. En effet c’est Lou qui, ayant une légère jalousie de ma relation avec Nicolas, avait demandé à être présente car elle disait ne pas ressentir de jalousie comme cela (enfin plus précisément elle me disait ne pas se sentir mal si elle n’était pas seule quand j’étais avec Nicolas, tout en me soutenant ne pas être jalouse, bref un mindfuck du genre). Je n’étais pas sûre que Nico se sente à l’aise à l’idée de transformer notre soirée duo en plan à trois et ce texto m’assure de son consentement à lui. Il n’est bien-sûr jamais précisé par Lou et ses soutiens, que nous avons à plusieurs reprises vérifié le sien de consentement et qu’au moment de l’envoi de ce texto le flirt à 3 était déjà enclenché et Lou se montrait enthousiaste et active. Il ne s’agit donc pas d’un texto sorti de nul part préméditation une agression. Un exemple parmi  d’autre de comme on peut faire dire tout et n’importe quoi  à un pauvre texto en retenant des informations. 

Pour résumer: 
Le “viol”serait cette soirée où:
-le consentement de chacun.e a été vérifié à moult reprises
-le sexe a stoppé immédiatement dès que l’une dentre nous a exprimé un malaise

Pourtant celleux qui portent le call out à mon encontre demandent :
-mon exclusion de tout groupe féministe militant
-l’arrêt de mon travail artistique
-que je ne sorte plus avec personne
-mon exclusion de lieux militants ou culturels
-mon isolement en général (les gens qui continuent de me fréquenter sont considérés comme  “soutien de violeuse” voire comme des  complices)
Le tout sans limite de temps. Ou alors jusqu’à ce que je “ne sois plus dangereuse”… (avec toute la subjectivité que ça implique: qui décide quand, comment, je ne serai plus « dangereuse » ?)

Je suis insultée et humiliée publiquement. Traitée de violeuse et de monstre. Je suis menacée de violence physique. Tout cela est devenu acceptable car si je suis une violeuse, “tout est permis”. Je ne suis plus que ça aux yeux de ces gens et cela justifie le pire. A leurs yeux c’est comme si je n’était  plus queer, je n’était plus féministe, comme si je n’étais plus rien d’autre que le monstre qu’iels ont créé de moi..

Ce harcèlement prend la forme de messages publics postés dans les évènements où je performe ou dans ceux de ma compagnie de théâtre, sur les pages des groupes militants  dont je fais partie, mais aussi par messages privés adressés à mes proches, ou encore à des personnes randoms qui ne font que me suivre sur instagram. Le harcèlement a pénétré jusque dans mon propre chez moi, puisque des gens (probablement proches d”un de mes ex colocs) on écrit au marqueur sur un poster chez moi, en mon absence “Noémie agresseuse La Honte”. Difficile de décrire ce que l’ont ressent comme insécurité et comme vulnérabilité quand ces accusations s’infiltre jusqu’à l’intérieur de chez soi.

Et tout ça au nom d’une “justice féministe”.
Quand le mot “viol” est vidé de sens comme cela, n’est ce pas une insulte pour les survivantes de viol, en quoi est-ce féministe ?
Quand les demandes de la “victime “ et de ses proches s’apparentent uniquement à des punitions sans limite de temps, en quoi est-ce de la justice ?
Je ne rallongerais pas plus ici ce “résumé” déjà long. Pour le reste, les détails et une tentative d’analyse politique de toute cette histoire c’est par ici LIEN “Lettre à mes juges d’appart”

En attendant que faire ? Ne pas participer à relayer ce call out. Dire non. Transmettre mon  texte. Refuser ces pratiques.
Encourager d’autres méthodes de justice intracommunautaire, à la place du call out. Comme la prise en charge collective, la médiation, le partage d’espace (déjà mis en place avec Lou d’Octobre à Décembre 2019 jusqu’à ce qu’elle cesse de donner des nouvelles, je devais chaque semaine dire où je souhaitais me rendre et attendre que Lou me donne ou pas l’autorisation).
Si Lou le souhaite qu’elle contacte le collectif Fracas qui s’est proposé et qui réfléchit à d’autres solutions de justice intracommunautaire féministe que l’exclusion et l’humiliation publique. 

D’autant que le call out peut être un outil lorsqu’il y a une telle disparité de pouvoir qu’on a pas d’autre choix. Que son pouvoir permet à la personne qui a commis les actes d’être intouchable. Ai-je besoin de rappeler qu’en termes de pouvoir et de place systémique je ne suis ni Darmanin, ni Polanski? 

Je n’ai pas de doute que ce texte ne convaincra pas celleux qui sont au coeur de ce harcèlement au nom de call out. Mais j’espère que ce texte permettra à celleux qui sont sommé.es de ne plus me fréquenter, de ne plus travailler ou militer avec moi, d’avoir accès à un autre point de vue. D’avoir des armes pour pouvoir faire des choix guidés par leurs propres convictions, en toute connaissance de cause.  Et non guidés par la désinformation et par la peur d’être à son tour traité.e de complice de violeuse ou autre joyeuseté. 

Malgré les apparences, ces personnes qui relaient ce call out ne détiennent pas la droiture et la pertinence politique dont iels se réclament.  Le harcèlement, l’intimidation, les menaces de violences physiques, les mots vidés de leur sens, la mauvaise foi, la manipulation, les tentatives d’isolement, les “peines” punitives, disproportionnées et sans limite dans le temps, l’absence d’espace pour que je puisse me défendre, etc..  toutes ces méthodes n’ont rien du féminisme libertaire. 
Au contraire, elles sont fascisantes car elles appartiennent à l’autoritarisme et au sadisme collectif. Ces méthodes donnent bonne conscience à celleux qui les utilisent, mais ne soyez pas dupes:
il s’agit bien plus d’un jeu de pouvoir et de destruction, que d’une quelconque tentative de justice.
Et nous sommes légitimes à refuser ces pratiques, quels que soient les prétextes utilisés pour les justifier.

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